Montées des droites dans l’Union Européenne : inquiétude ou fatalité ?

Alice Weidel (AfD) face au chancelier allemand Friedrich Merz (CDU)
Échange de points de vue le 9 septembre au Bundestag – (Temps de lecture : 13′)
Par Laurent Vivès

La monté des extrêmes dans les démocraties Européennes est significative, et pourrait conduire à des changements politiques redoutables pour les valeurs et l’avenir de l’Union Européenne. Pour le moment, l’Italie, la république Tchèque, la Slovaquie et la Finlande sont gouvernées par l’extrême droite, ou ont des partis d’extrême droite dans leurs gouvernements. En Suède l’extrême droite soutient le gouvernement sans toutefois gouverner.

Quelle est la composition du parlement Européen en 2026 ? :

Nom des partisTendance politiqueNombre de députés
La Gauche radicale / socialiste Radical – Socialiste46
Socialistes et démocratesCentre – Gauche136
Renew EuropeCentristes – Libéraux77
Les Verts – Alliance libre européenneécologistes – Régionalistes53
Parti populaire européenCentre – Droit188
Conservateurs et réformistes européensDroite – Souverainiste78
Europe des nations souveraines Droite – Radicale25
Patriotes pour l’EuropeDroite – Extrême droite84
Non-inscrits –30

On note 187 (26,8%) députés droite radicale, souverainiste et extrême – 312 (44,7°) députés de gauche, écologistes et centre libéraux et 128 (18,4%) députés centre droite.


Parlement Européen - Députés par pays

De ces chiffres il ressort que les droites radicales et extrêmes ne représentent pas encore de gros danger pour l’U. E.. Mais la France et l’Allemagne vivent une période de grande incertitude politique qui laissent planer des doutes sur la composition du futur parlement Européen… On peut y ajouter la Pologne, les Pays-Bas, la Suède, la Belgique, la Roumanie, la Hongrie, l’Autriche, la Bulgarie, la Slovaquie qui sont moins peuplés mais plus nombreux….


Il y a peu l’Allemagne a été perturbée par la victoire de l’AfD avec l’investiture comme président du parlement de Saxe-Anhalt. La France aussi est très proche d’une élection de l’extrême droite en 2027. J’ai jugé intéressant de publier le dialogue qu’ont eu Alice Weidel (coprésidente de l’AfD) et Friedrich Merz (le chancelier allemand) le 9 septembre au Bundestag

Alice Weidel – coprésidente du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD)

« Madame la Présidente ! Monsieur le Chancelier fédéral ! Mesdames et messieurs ! Les électeurs de Saxe-Anhalt vous l’ont signifié avec la plus grande clarté, par la voix du peuple souverain : la coalition noire-rouge [alliant la CDU et les sociaux-démocrates du SPD], c’est terminé.

Les gens veulent enfin un changement de politique. Ils ne veulent pas qu’on continue comme si de rien n’était. Le projet de budget que vous avez présenté aujourd’hui est le fruit d’un bricolage ; c’est un aveu de capitulation de la part de votre coalition.

Malgré des recettes fiscales record, vous n’êtes pas capables de gérer raisonnablement l’argent des citoyens. Pourquoi ? Parce que vous n’êtes pas disposés à vous affranchir des carcans de l’idéologie écologiste, de l’immigration de masse voulue par la gauche et de la redistribution socialiste. Au lieu de faire des économies, vous gonflez ce budget jusqu’à près de 600 milliards d’euros. Pour cela, vous voulez contracter d’ici à 2030 plus de 1 000 milliards d’euros de dettes au total. C’est un montant gigantesque, sans précédent dans l’histoire de la République fédérale d’Allemagne. (…) »

« Ce faisant, vous empêchez toute marge de manœuvre politique et laissez derrière vous une terre brûlée. En un mot : vous conduisez l’Allemagne à la faillite à une vitesse record. Voilà ce que vous faites. Pendant ce temps, la désindustrialisation déferle sur notre pays avec une dynamique toujours plus forte. (…) Pendant ce temps, l’Allemagne perd chaque mois 12 000 emplois industriels ; l’an dernier, 190 000 entreprises ont cessé leur activité en Allemagne ; un tiers des PME allemandes envisagent de délocaliser ; le nombre de chômeurs repasse au-dessus de la barre des 3 millions ; le chiffre d’affaires du commerce de détail retombe au niveau des confinements liés au Covid-19 ; et le secteur public ainsi que l’“industrie de l’asile” sont les seuls secteurs de croissance qui subsistent en Allemagne. Voilà ce que vous avez fait de notre pays. (…) »

« Vous déclarez que la crise migratoire est terminée. Pourtant, chaque année, un nombre à six chiffres de migrants entre dans le pays par la “porte dérobée” de l’asile, tandis que le regroupement familial fait venir l’équivalent de la population d’une grande ville supplémentaire – la plupart provenant de cultures tribales musulmanes.

Avec 2,7 millions de réfugiés, l’Allemagne est, après la Colombie, le deuxième pays d’accueil de réfugiés au monde. Pourquoi en est-il ainsi ? Pourquoi avez-vous accueilli presque plus de réfugiés que n’importe quel autre pays au monde ? Pourquoi faites-vous cela ? Vous n’avez pas besoin de tout cela…

En Allemagne, par ailleurs, vivent plus d’un million de réfugiés dont les demandes d’asile ont été rejetées à plusieurs reprises. Que font donc encore ces personnes dans ce pays ? Elles doivent être expulsées !

Vous affirmez que l’immigration ne joue plus aucun rôle dans la campagne électorale. Nos concitoyens voient les choses autrement car ils subissent chaque jour les conséquences de l’immigration de masse : des rues moins sûres et une criminalité en hausse, une forte augmentation des crimes sexuels et des violences physiques, plus de 750 viols collectifs par an, des attaques quotidiennes au couteau et des agressions dans les trains et les gares, des paysages urbains dégradés et inquiétants, ainsi que de la violence dans nos écoles et dans nos rues.

Ils doivent également faire face, jour après jour, à la haine de certains groupes d’étrangers envers les chrétiens, envers les Allemands, envers l’Allemagne. Et vous, vous continuez à entretenir financièrement ces gens. Il faut que cela cesse ! »

«Alors que les États-Unis lancent une nouvelle initiative pour mettre fin à la guerre meurtrière en Ukraine, vous intensifiez la propagande belliciste et la confrontation avec la Russie, avec laquelle vous coupez les derniers ponts, afin de détourner l’attention de votre propre bilan politique catastrophique. Engagez-vous pour des négociations de paix, comme le font les Etats-Unis ! (…) »

« Nous devons réduire nettement nos versements à l’Union européenne. Chaque semaine, près d’un milliard d’euros partent à Bruxelles et seule une fraction nous revient. Nous voulons récupérer notre argent, chers amis !

Nous devons réduire rigoureusement le poids de l’Etat et celui du secteur public, que vous avez gonflés avec tant d’effronterie. Nous devons mettre un terme à l’engorgement de notre système social par l’immigration de masse, faire cesser les abus systématiques en matière de prestations sociales, et, avant tout le reste, expulser rigoureusement les clandestins, les délinquants, les criminels. Ils n’ont rien à faire dans notre pays.

Nous devons mettre fin à la transition énergétique, qui est un échec, et revenir au nucléaire. (…) C’est pourquoi nous avons aussi besoin de gaz naturel russe bon marché, et c’est ce à quoi nous allons travailler pour l’économie allemande.

Nous devons utiliser les marges de manœuvre ainsi dégagées pour faire baisser des prix de l’énergie beaucoup trop élevés et supprimer la taxe carbone, réduire les taxes sur l’énergie et imposer une réforme de l’impôt sur les sociétés et sur le revenu qui apporte un véritable allégement, et avant toute chose abaisser drastiquement les taxes sur l’essence et le diesel. Voilà qui serait enfin un programme de gouvernement raisonnable pour les gens de ce pays.

Monsieur Merz, à écouter votre pathétique conférence de presse de lundi, il semble que vous n’ayez pas compris le message. Non, vous n’avez pas compris le message que les électeurs de Saxe-Anhalt vous ont adressé dimanche. Cela n’a plus grande importance car votre temps est de toute façon écoulé. Les citoyens veulent un changement de politique, et ils l’obtiendront.

Aux prochaines élections, les gens donneront à nous, l’Alternative pour l’Allemagne, un mandat clair pour gouverner, afin de rendre possible une autre politique. Nous assumerons cette responsabilité avec sérieux, afin de conduire ce pays vers un avenir meilleur. Car l’Allemagne le mérite ; les Allemands méritent d’être bien gouvernés. Merci beaucoup ! » 

Friedrich Merz – chancelier allemand, président de l’Union chrétienne-démocrate (CDU)

« Madame la Présidente ! Chers collègues ! Oui, madame Weidel, aujourd’hui, vous êtes gonflée à bloc, et c’est vrai que vous avez obtenu en Saxe-Anhalt un résultat remarquable. Mais je me permets de vous faire remarquer que votre véritable objectif, qui était d’obtenir une majorité en sièges, vous ne l’avez pas atteint. Et que 56 % des électeurs de Saxe-Anhalt n’ont pas voté pour vous. (…)

Permettez-moi de le redire en toute sérénité : nous soutenons l’Ukraine, et nous continuerons à la soutenir, parce qu’en se défendant c’est aussi pour notre liberté qu’elle combat, ici aussi, au cœur du continent européen. Et vos réactions ne font que montrer que vous continuez de confondre l’agresseur et la victime. Car personne n’a menacé la Russie – ni l’OTAN, ni l’Union européenne, ni l’Allemagne. (…)

Mesdames et messieurs, la seule chose qui menace vraiment la Russie et [le président russe Vladimir] Poutine, c’est le rayonnement de la démocratie. L’Ukraine était en chemin vers la famille démocratique européenne. Et c’est précisément là le véritable danger pour le régime de Poutine en Russie. Vous, à l’AfD, vous savez qu’il en est ainsi, et pourtant vous continuez à vous ranger du côté de la Russie quand il s’agit de défendre notre liberté ici-même.

C’est là que passe la ligne de fracture entre vous et nous, que ce soit en matière de politique étrangère, de politique européenne, de vision de la société et de conception de la paix. (…) »

« Nous continuerons de défendre notre liberté. Que nous y soyons contraints – non seulement dans toute l’Europe, mais aussi ici, en Allemagne –, nous en avons pris pleine conscience, avec une gravité supplémentaire, le 4 août 2026. Pas un mot de votre part là-dessus, madame Weidel, sur ce qui s’est passé le 4 août à l’aéroport de Leipzig [où deux drones, dont l’un chargé d’explosifs, ont été découverts dans la zone sécurisée des opérations de fret, à proximité de plusieurs avions-cargos ukrainiens]. Un attentat planifié pendant des mois en Russie et qui visait délibérément l’Allemagne. Or, ce n’est que pur hasard si des dégâts matériels et humains plus importants ont été évités !

Tout cela montre où vous vous situez. Pas un mot de votre part sur la menace massive qui pèse sur nos réseaux de données, sur notre cybersécurité. Pas un mot de votre part sur les campagnes de désinformation par lesquelles la Russie, avec votre soutien, tente depuis des semaines, depuis des mois, depuis des années de déstabiliser notre pays, notre société et notre démocratie. Mesdames et messieurs, vous faites partie de ce problème que nous avons en Allemagne !

Et nous nous défendrons, avec tous les moyens dont nous disposons, contre le fait que vous puissiez poursuivre dans cette direction. Que nous devions devenir plus résilients, mieux capables de nous défendre, que nous devions mieux protéger notre sécurité, nous le constatons jusqu’à ces tout derniers jours, notamment au regard des attaques massives contre nos infrastructures numériques en Allemagne, jusqu’à ce qui s’est produit ici, à Berlin, il y a quelques jours [avec le vol de données sensibles à l’administration de la ville, par un groupe de hackeurs, qui aurait demandé une rançon d’environ 2 millions d’euros, selon des médias allemands]. Pas un mot de votre part sur ce qui se passe actuellement en Allemagne, mesdames et messieurs. Or, cela aussi fait partie de la réalité quotidienne des citoyens, des institutions, des administrations de notre pays. Ce qui vous caractérise, c’est un mépris de nos institutions démocratiques et un mépris permanent pour ceux qui servent notre Etat. Voilà la marque de votre politique, mesdames et messieurs. (…)

Car voici ce que les citoyens allemands attendent à juste titre de la politique : la sécurité. Ils veulent être à l’abri des menaces extérieures. Ils veulent être à l’abri des menaces intérieures. Mais ils veulent aussi être à l’abri d’événements comme ceux que nous avons connus cette année. Or, nous ne pourrons accomplir toutes ces tâches que si nous retrouvons une économie forte, uniquement s’il y a de la croissance en Allemagne. Là encore, madame Weidel, pas un mot de votre part. Personnellement, je ne comptais sur une croissance supérieure à 1 % que pour l’année prochaine. Eh bien, nous l’avons déjà atteinte cette année. Une croissance économique de 1,3 % pour l’année 2026 montre que nos premières mesures portent leurs fruits, que nous sommes sur la bonne voie, que nous avons pris des décisions qui rendent de nouveau possible la croissance économique en Allemagne. (…)

Mais, mesdames et messieurs, dans l’artisanat travaillent aussi des millions de personnes issues de l’immigration. Vous prônez ici la “remigration”, qui n’est rien d’autre qu’un nettoyage ethnique selon la couleur de peau et l’origine. (…) »

« Un salarié sur six dans l’artisanat détient un passeport étranger. Si ceux qui travaillent en Allemagne devaient quitter le pays parce que vous inscrivez la “remigration” sur votre étendard, le secteur de l’artisanat en Allemagne ne pourrait plus tourner, plus un seul hôpital ne pourrait fonctionner, plus un seul restaurant ne pourrait travailler. Voilà quel serait le résultat de votre “politique de remigration”, mesdames et messieurs ! (…)

Que nous ayons des problèmes en matière d’immigration, que nous ayons toujours beaucoup de personnes qui ne doivent pas bénéficier d’un séjour permanent en Allemagne, que nous devions expulser davantage, cela fait consensus au sein de la coalition, mais nous distinguons soigneusement entre ceux qui travaillent en Allemagne, qui contribuent à notre prospérité, qui sont les bienvenus en Allemagne, et ceux qui n’ont pas de droit de séjour permanent en Allemagne et doivent quitter notre pays. Cette distinction, contrairement à vous, nous l’établissons avec le plus grand soin, mesdames et messieurs.