Quel avenir pour la Cour de Justice de l’Union Européenne peut-on imaginer en 2026 ?

Par Laurent Vivès, aidé par Pierre Déjean – temps de lecture 30′

A l’issue des sept articles consacrés à une approche curieuse, libre et innovante de la C.J.U.E. nous sommes convenus avec Pierre Déjean de rajouter un huitième article tourné vers l’avenir, à partir des 7 articles précédents relatant le passé, l’évolution, le rôle, les prérogatives et la place actuelle de la Cour. Son chemin et ses résultats sont remarquables, menant à une Justice Européenne structurée, cohérente ou la Cour est installée au sommet, gardienne des traités, œuvrant pour la cohésion de l’Union, l’homogénéité et l’effectivité de son droit. La C.J.U.E. a conquis sa légitimité, sa notoriété et le respect.

Mais dans une approche sans préjugés nous avons vu qu’il y a eu des difficultés et que des problèmes persistent, qui concernent plus son environnement (état membres, les conseils et la commission) ou les voix diffèrent, certains intérêts s’opposent, et… ou l’état de droit est malmené. Il s’agit là de considérations politiques, qui, après son succès actuel, pourraient finir par fragiliser la C.J.U.E.

Imaginer n’est pas simple, surtout à froid et en l’absence d’intuition. Pourtant l’imagination est au cente de la créativité humaine (artistique, scientifique, socio-politique, travail, vivre ensemble etc..) Nous avons choisi de relever ce défi passionnant de façon méthodique et large, prenant en compte tous les facteurs susceptibles d’influencer le futur de la Cour. – Intrinsèques : la C.J.U.E elle même et son proche entourage – Extrinsèques : l’Union Européenne et le monde entier en pleine mutation. D’abord, à partir des éléments recueillis dans nos sources, nous avons sélectionné ceux qui pouvaient être les facteurs négatifs et positifs qui nous sont apparus comme les plus importants. Puis nous présentons les articles et les données dont nous nous sommes inspirés. Enfin à l’issue de cette recherche nous devrons bien nous « mouiller » et trancher entre plusieurs hypothèses. Il s’agit ici d’une première sélection, nous y reviendront à la fin de l’article pour étayer notre conclusion.


Dans un premier temps nous avions sélectionné 35 facteurs aggravants, et aucun de positifs. Après réflexion et discussion, nous sommes arrivés à un total de 29 facteurs : 21 facteurs négatifs et les 8 facteurs positifs (nous n’en avons pas recherché pour le Monde), qui nous ont semblé être les plus probants en 2026 : 5 concernant le Monde, 14 concernant l’Union Européenne et 10 concernant la Cour de Justice.


1 – Des difficultés et des problèmes sont encore non résolus pour la Cour et l’Union Européenne

1a – Il est difficile de faire s’accorder l’ensemble des législation de l’Union :

Bruno Lasserre (vice président du conseil d’état et ancien Juge national), dans son article publié en 12.2021 : Les juges nationaux et la construction européenne : unis dans la diversité , souligne que  » les juges nationaux ont progressivement abandonné leurs réticences initiales à l’égard de la pénétration du droit communautaire dans leurs sphères juridiques internes pour assumer pleinement leur mission de juges de droit commun du droit de l’Union  » . Il se félicite de l’amélioration des relations entre la C.J.U.E. et les juges nationaux, vers le dialogue des juges, et une Europe des droits et des valeurs. Face aux dégradations récentes du fait d’un accord impossible à l’ensemble de l’Union, il finit par dire que « les juges nationaux ont une responsabilité particulière, aux côtés de la Cour, pour éviter que le pluralisme européen ne se grippe et tourne à une complète cacophonie »

1b – L’état de droit est malmené et les valeurs de l’Union sont encore parfois contestées :

Romain Tinière (Professeur de droit public à l’Université Grenoble-Alpes – CRJ, Chaire Jean Monnet), déclarait en 2019, dans son article « État de droit et valeurs de l’Union Européenne » : « la liste des États membres s’affranchissant de manière plus ou moins franche des valeurs fondatrices de l’Union européenne s’accroît dangereusement« , dont la Hongrie, la Pologne, la Slovaquie, la Roumanie, la Tchéquie, Malte etc… Ces valeurs peuvent être ramenées au triptyque du Conseil de l’Europe : État de droit, démocratie, droits de l’homme. « Il y a lieu de réfléchir sur les tenants et les aboutissants du choix d’appréhender cette crise des valeurs que traverse l’Union européenne sous l’angle du respect d’une seule d’entre elles : l’État de droit. Or, si l’État de droit est incontestablement l’une des valeurs de l’Union, elle ne saurait pour autant les résumer toutes  » .


Eric Carpano (Professeur de droit public, Chaire Jean Monnet, Directeur du Centre d’études européennes, Université Jean Moulin Lyon 3) va plus loin dans « La crise de l’État de droit en Europe. De quoi parle-t-on ? » publié en 2019 dans la RDLF chron. n°29. Il mentionne qu’ « il est habituel de considérer que la notion d’État de droit ne veut rien dire : elle serait au mieux une coquille vide et servirait de réceptacle à diverses revendications« . Pourtant il reconnait que « la notion d’État de droit est solidement ancrée dans l’histoire des concepts politico-juridiques« . Pour lui l’état de droit devient la forme juridique du libéralisme politique.

1c – La défense des valeurs fondamentales de l’Union Européennes préoccupe encore le Parlement :

Le site des Fiches thématiques sur l’Union européenne (Parlement européen) a publié en 11.2025 « La protection des valeurs consacrées à l’article 2 du traité U.E. dans l’Union « , rédigé par Alessandro Ermini, Mariusz Maciejewski, Clémence Helena et Suzanne Rita Rogalski.

Le respect des droits fondamentaux était considéré comme garanti par la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales de 1950. L’adhésion de l’U.E. à cette Convention s’est faite lentement. Le traité de Lisbonne y a remédié en introduisant l’article 6, paragraphe 2, du traité U.E., qui a rendu obligatoire l’adhésion de l’Union à la C.E.D.H.
La charte des droits fondamentaux de l’U.E., adoptée à Nice en 2020, a pris effet à l’article 6, paragraphe 1, du traité U.E., devenant ainsi une source contraignante de droit primaire.
Le Parlement a « soutenu le renforcement du respect et de la protection des droits fondamentaux dans l’Union européenne« .

Donc : l’arsenal juridique et institutionnel est là, pour veiller à l’État de Droit, au respect des droits fondamentaux et pour appliquer des sanctions au États membres récalcitrants, mais concrètement rien ne se passe. L’effectivité de la jurisprudence et des arrêts ne dépend pas de la Cour mais des institutions aptes à agir (Conseils et Commission). Les défaites, électorale de Viktor Orbán, et au référendum de Giorgia Meloni, sont positives pour les valeurs et l’état de droit dans l’U.E.

1d – Quelques problèmes anciens et récents persistent pour la Cour :

Charlotte Denizeau-Lahaye – Maitre de conférence Université Paris – Panthéon-Assas, voit dans son article « La légitimité de la cour de l’Union Européenne  » (2025), des fragilités qui persistent affectant la légitimité de la C.J.U.E :
– critique du déficit démocratique de l’U.E.
– des zones d’ombres dans le mode de sélection et de nomination des juges de la Cour
– défauts de parité et d’égalité de genre de ses Juges
– secret et unité de façade pouvant isoler la Cour au sein de l’Union
– retard d’accès aux documents de procédure.


Le 30.06.2026, le Monde publie « La gestion opaque des possibles conflits d’intérêts à la Cour de justice de l’Union européenne« , par Pascal Hansens, Ella Joyner, Virginie Malingre, Leila Minano et Jean-Pierre Stroobants. Des magistrats ont été amenés à juger des litiges impliquant des entreprises ou des secteurs économiques dans lesquels ils avaient des intérêts selon l’enquête menée depuis 2024 par le collectif Investigate Europe et ses partenaires, dont « Le Monde ». La Cour ne s’est pas exprimée sur cette affaire. Plusieurs Juges auraient détenu des actions au moment ou ils siégeaient au procès de leur pourvoyeur. Il a été retenu que les juges devaient se délester des actions en cause avant le procès et ne pas siéger en tant que rapporteur.

Note de Laurent Vivès : En 2024 a été créé un Organe de l’U.E. chargé d’établir des normes éthiques communes et d’accroître la transparence dans l’ensemble des institutions de l’U.E. La C.J.U.E. y siège, mais seulement en tant qu’observateur…. Ne se sent-elle pas concernée par l’accroissement de la transparence et les normes éthiques ?


2 – D‘autres éléments majeurs sont à considérer du mieux possible avant de solliciter notre imagination
2a – La construction de l’Union Européenne s’est faite malgré et à travers de nombreuses crises.

Olivier Blin – Maître de conférences à l’université de Toulouse 1 Capitole, dans son article de 2012 « Les crises de la construction européenne » revient sur ces nombreux épisodes, allant « des crises de croissance à une crise du sens ». Des crises « institutionnelles » entre le parlement et la commission et des pratiques frauduleuses, ont conduit à la mise en place d’un comité des sages en 1999 dont le rapport accablant provoqua la démission de toute la commission. Il y a eu l’échec du comité européen de défense en 1954, puis « la chaise vide » provoquée par Charles De Gaulle en 1965 et l’échec de la Constitution Européenne, suite au référendum de 2005, qui a révélé une crise du sens qui touche le cœur même du projet européen.


2b – Depuis peu l’U.E. est en difficulté, attaquée, désorganisée, malmenée.

Rémi Bourgeot, Chercheur associé à l’IRIS, a publié le18.12.2025 « Risque d’éclatement de l’UE et résilience productive« . Il voit un « décrochage » de l’UE, dans plusieurs domaines:
– retard technologique,
– impuissance face aux U.S.A., et à la Chine
– faille en matière de compétences scientifiques et industrielles (échec de l’hydrogène, les voitures électriques, l’I.A., etc…)
– « la crise de l’industrie européenne souffre d’une logique d’optimisation logistique poussée à l’extrême, aux dépens de l’innovation et du positionnement sur les nouveaux secteurs.« 
L’UE continue à soutenir l’Ukraine sans les U.S.A. et se réarme (avec les F 35 américains). De nombreux pays dans le monde s’industrialisent et forment leur ingénieurs. La Chine n’est pas un client mais un concurrent. L’Europe a des ennemis dont Donald Trump et Vladimir Poutine qui agissent pour l’anéantir de l’intérieur en intoxiquant les citoyens européens. « Il faudrait aussi créer du lien et de la connaissance entre les États membres qui s’ignorent.« 


Jean-Dominique Giuliani, Président de la Fondation Robert Schuman, publie le 26.05.2026 « Le grand tournant : Démocratie et citoyenneté« . Il y insiste sur la rapidité du changement de l’U.E. depuis 5 ans (Ukraine, Trump, le Covid, nouvel ordre mondial, conflits multiples, effondrement de l’ONU et de l’OTAN). Pour lui, l’Europe est attaquée, elle a trop bien réussi. Les autorités américaines s’en prennent au cœur de l’esprit et du droit européens, rejoignant le Kremlin. De par ses valeurs, sa Justice, son vivre ensemble, la non-discrimination et l’état de droit,  » l’ Europe dérange les dictateurs, des révisionnistes et des illusionnistes de la Tech et de l’intelligence artificielle. « 
Ainsi violemment attaquée (insultes, cyberattaques, intrusion dans la vie politique, mépris de nos chefs d’états, barrières douanières, mensonges..), l’U.E. s’arme et se prépare à être attaquée militairement.
Depuis l’affaire du Groenland, ou Donald Trump a reculé, les Européens se sont unis, et l’Europe apprend à se protéger. Elle doit aussi se réformer, améliorer sa compétitivité, trouver des accords commerciaux (Japon, Canada, Océanie, Royaume Uni), former ses étudiants.
L’auteur croit en l’avenir de l’E.U. sous réserve de quelques arrangements : laisser les problèmes de défense aux État Membres en les aidant, passer à la souveraineté Européenne, reconquérir la fierté des citoyens d’appartenir à une Europe forte, cohérente et efficace.


Nicole Gnesotto, historienne, universitaire, experte des questions européennes et vice-présidente de l’Institut Jacques-Delors, est interrogée dans le Monde le 24.06.2026, Marc Semo pour son ouvrage « Choisir l’avenir » , à propos de son article : « D’un pacifisme structurel, l’Europe doit passer à un réarmement solide« . Peut-on choisir l’avenir?  » On peut s’interroger sur cette fatalité du pire qui semble s’imposer partout. Nous vivons avec ce sentiment que tout va de plus en plus mal, que les États ne contrôlent pas grand-chose et que les catastrophes sont devant nous. La géopolitique mondiale nourrit cruellement cette angoisse« .
Ces vulnérabilités sont :
– la menace « Poutine », et l’imprévisibilité de Donald Trump
– l’Ukraine, dont il faut financer la défense
– son économie proche de la récession
– un armement insuffisant
– la monté du populisme et de l’extrême droite surfant sur la peur de l’immigration
– le commercialisme chinois
– les contraintes de la géopolitique au sein du marché
– des ressources énergétiques insuffisantes.


Josep Borrell, Haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Vice-président de la Commission, a publié le 29.09.2024  » Un bond en avant ? Le rapport Draghi et le futur géopolitique de l’Europe ». Il souligne que dans ce rapport sont rassemblés des éléments qui donnent « une image saisissante du saut qualitatif que l’Union doit entreprendre d’urgence pour surmonter les multiples défis auxquels elle doit faire face « .
Trois défis sont majeurs pour l’Europe :
– accélérer l’innovation et trouver de nouveaux moteurs de croissance
– faire baisser les prix de l’énergie tout en continuant à décarboner notre économie
– répondre à un monde plus instable où l’Europe est seule pour assurer sa sécurité.

L’écart continu de se creuser avec les États-Unis et la Chine en matière d’innovation.
« Le talon d’Achille de l’U.E. reste la gouvernance, la clarification de qui devait faire quoi et comment, entre la dimension intergouvernementale de la politique étrangère et les compétences et instruments communautaires… »
 » Pour rattraper notre retard technologique, il faudrait investir en Europe de l’ordre de 800 milliards d’euros de plus chaque année (et 1200 si l’on y inclus la défense) , soit 5 % du PIB européen. »

Notes de Laurent Vivès : il s’agit d’un article très volumineux, difficile à résumer. On reste cependant dans le discours, les généralités et le constat de ce qui ne va pas. A le lire il y a lieu d’être inquiet sur l’avenir de l’Europe, engoncée dans son angélisme, son bureaucratisme, une gouvernance lente et la prévalence de considérations économiques qui sont à revoir. J’ai été frappé par son formalisme et son manque d’énergie par rapport à celui de Jean-Dominique Giuliani.


« La défense et la compétitivité, ainsi que l’élargissement de l’U.E. et notre soutien continu à l’Ukraine, figureront en bonne place à l’ordre du jour lorsque je rencontrerai les dirigeants européens au cours de ma tournée des capitales de cette année. »

2 c – D’autres éléments moins prégnants sont aussi à connaitre.

Frédéric Encel, spécialiste de géopolitique et maître de conférences à Sciences Po, a publié «  La guerre mondiale n’aura pas lieu. Les raisons géopolitiques d’espérer«  un livre contre les discours apocalyptiques ambiants. (Résumé par Ariane Ferrand dans le monde le 11.05.2025).
Historiquement, très peu de « régimes » se sont « suicidés » par leurs guerres.
Mis à part l’O.T.A.N., il n’y a pas actuellement de coalition militaire organisée. « La dissuasion nucléaire change radicalement la donne » : le risque d’anéantissement limite le risque de conflit ouvert entre les puissances dotées de l’arme atomique. « Les populations civiles sont de plus en plus réticentes à accepter les sacrifices d’une guerre« .

Olivier Wieviorka, historien, estime dans Le Monde du 05.03.2025 que  : « Le contexte actuel présente quelques ressemblances avec la situation qui prévalait avant la seconde guerre mondiale ». Cependant il ne recueille aucun argument pour conclure à la probabilité forte d’un conflit mondial.

Le risque de guerre qui menace l’Europe selon l’Institut Européen des Études de Sécurité (20.01.2026) : voir l’article.


L’ Indice de démocratie (2024) selon The Economist

Indice de démocratie (2024) selon The Economist
Carte des démocraties dans le monde selon The Economist – 2024 – Bleu : démocratie – Jaune : intermédiaire – Rouge : dictature

Le rapport du Sénat Français remis le 26.05.2026 : « Le futur de notre rapport à l’autorité et à la vérité à l’horizon 2050 » (coordonné par Nadège Havet, Christine Lavarde et Jean-Jacques Michau – délégation à la prospective) est un gros travail d’analyse et de prospective.

Petits extraits du rapport :

Les autorités politiques et institutionnelles sont les plus touchées par la défiance des citoyens.
La parole des chercheurs connaît des contestations récurrentes, traduisant une méconnaissance de la démarche scientifique.
Les journalistes professionnels sont fragilisés par l’essor des réseaux sociaux et la défiance des citoyens.
La vérité, entendue comme adéquation entre un jugement et la réalité, est frontalement attaquée par la notion de « post-vérité » et par les doutes croissants sur l’existence d’un monde en commun :
– la concurrence dans l’espace public entre différentes idéologies irréconciliables
– le principe de « réalité partagée » est remis en cause par les moteurs de recherche, l’effet d’enfermement des algorithmes sur les réseaux sociaux et l’explosion des deep-fake.
L’I.A. va défaire définitivement le lien qui restait entre image et réalité. Discerner le vrai du faux devient impossible. De nombreuses voix majeures se méfient de l’effet de cette technologie sur les cerveaux humains, faute de mettre en commun les données, et de contrôler son évolution. Son auto-programmation est terrifiante, elle n’est plus contrôlée et attaque ses concurrentes, ayant déjà créé des dégâts majeurs.


Le Baromètre de la confiance politique de 2026 (par Opinionway pour le CEVIPOV). Seules les autorités locales bénéficient d’un taux de confiance satisfaisant : 58 %. Les niveaux de confiance les plus faibles concernent le gouvernement (17 %), l’Assemblée nationale (20 %) et l’institution présidentielle (22 %), alors que 88 % des sondés ont une bonne opinion des militaires, 85 % des gendarmes et 79 % des policiers. 45% des français ont confiance en la justice.
L’état d’esprit de 10 313 personnes interrogées en 2026 est affiché ci dessous :



Performance Efficience et Robustesse.

Olivier Hamant, Directeur de recherche à l’INRAE, au laboratoire de reproduction et développement des plantes à l’ENS Lyon, a travaillé, d’abord sur les plantes puis sur les humains, sur les principes de performance et de robustesse. Les systèmes vivants fonctionnent en sous-optimalité, ils ne sont pas tout à fait efficaces, ni efficients. C’est ce qui leur permet de continuer à vivre avec les fluctuations de leur environnement.
Pour façonner un système robuste, il faut écouter et intégrer tous les points de vue, s’enrichir des diversités et des incohérences.
La performance est définie comme la somme de l’efficacité et de l’efficience, le but assujettissant les moyens par la sur-optimisation. Le culte de la performance peut devenir destructeur à long terme. Mieux vaut la sous optimalité et la diversité des points de vue, qui loin de paralyser l’action, la renforcent.
La relecture de Darwin : dans « L’affiliation de l’homme », révèle que l’évolution est complexe et faite autant de sympathie et de coopération que de compétition.
Les collectivités locales, confrontées à la complexité du réel, redécouvrent empiriquement les vertus de la robustesse.

Note de Laurent Vivès : La C.J.U.E. semble dotée de robustesse, de sagesse et de fermeté. Nous avons retrouvé cette vertu dans ses longs et complexes arrêts. Son importante activité laisse à penser qu’elle est aussi performante, donc bien armée pour affronter le futur.


Quelques éléments sont encourageants au 18.09.206 : Neuf pays sont officiellement candidats pour entrer dans l’Union européenne : l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Géorgie, la Macédoine du Nord, la Moldavie, le Monténégro, la Serbie, la Turquie et l’Ukraine. De plus, l’Écosse, l’Irlande du Nord et le Pays de Galle ne veulent plus faire partie du Royaume Uni et souhaitent adhérer à l’U.E. Le Canada se détourne des U.S.A. et se rapproche aussi de l’U.E. ainsi que l’Australie.
En Allemagne, malgré l’opposition rude, Alice Weidel (AfD) face au chancelier allemand Friedrich Merz (CDU), ont échangé au Bundestag.

EN BLEU CLAIR LES CANDIDATS VALIDES POUR L’ENTRÉE DANS L’U.E. – IRLANDE DU NORD, ÉCOSSE, PAYS DE GALLE SOUHAITENT AUSSI ADHÉRER

3 – Retour sur l’Avenir spécifique de la C.J.U.E.

Nous avons réexaminé les différents facteurs, en étant bien conscients de la forte différence entre un facteur et un élément : – Facteur : « ce qui produit un effet ou participe à un changement. Il agit comme une cause, un déclencheur ou un paramètre d’influence » – Élément : « est une partie d’un ensemble. Il est observable ou mesurable par lui-même. Une pièce, un morceau ou un constituant qui entre dans la composition d’un tout ».

–> Hypothèse 1 (57% de probabilité) : l’Europe est en redressement, elle est apte à assurer sa défense. La paix est en Ukraine, Trump et Poutine sont mal en point, l’économie reprend doucement… La C.J.U.E est nécessaire, légitime et aide à la modification en cours des traités de l’U.E., avec le Parlement, la Commission et le Conseil. On examine aussi l’entrée de nouveaux pays. L’extrême droite n’a pas la majorité au parlement. Les relations entre la Cour et les États membres s’améliorent.

–> Hypothèse 2 (33% de probabilité) : Les États membres ont du mal à s’accorder, ils ne sont pas très chauds pour payer les importantes nouvelles dépenses de l’U.E. (armement, soutient à l’économie, efforts de recherche et d’enseignement). L’Europe continue lentement de « décrocher », la C.J.U.E. n’est pas encore trop menacée, mais le climat est morose.

–> Hypothèse 3 (10% de probabilité) : L’extrême droite mène la danse. Les émigrés sont pourchassés, retour massif aux pays d’origine. L’Afrique est en colère contre l’U.E. La Chine dépasse les U.S.A. et prospère. La C.J.U.E. n’a plus l’ancien parlement pour la soutenir, elle est isolée et critiquée. C’est le temps des compromis avec l’ébauche d’une justice « à la tête du client » devant les États les plus agressif. Certains légistes ont déjà quitté l’U.E. qui n’est pas capable de faire respecter les traités et de faire appliquer les sanctions.

3a – La C.J.U.E. est à la fois :

Robuste : la Justice Européenne a été créée avec la C. E. C. A. en 1951, soit 75 ans de longévité avec des changements de nom, de statuts et de prérogatives. Sans faire de bruit elle n’a cessé d’agrandir sa place et de devenir incontournable, à son rythme, sérieuse et équitable.
Performante et efficiente : sa lenteur à rendre les arrêts et les recours préjudiciels est le résultat de l’attention extrême et de la précision avec lesquelles elle traite les affaires. Le travail n’est pas bâclé, mais scrupuleux et approfondi. Pour avoir lu de nombreux arrêts, nous pouvons en témoigner. Son budget annuel semble raisonnable.

L’extrême droite n’aime pas l’état de droit et l’indépendance des magistrats. Marine Le pen vient d’annoncer la demande d’un référendum pour détruire le principe de primauté de la C.J.U.E. Des cyberattaques Russes (ou autres) pourraient anéantir toutes ses archives et l’empêcher de fonctionner. Des états membres pourraient se rebeller comme l’a fait la Hongrie. Cependant, 9 états sont inscrits comme candidats à l’entrée dans l’U.E. ce qui, dans le climat actuel, risque fort de compliquer la situation…

3ab – Concernant les facteurs mondiaux : la Cour n’est pas directement impactée par le déclin économique, les guerres lointaines, les taxes, la discorde. Une guerre contre l’Europe serait une catastrophe qui la toucherait aussi. La montée des extrêmes droite serait nuisible pour elle, surtout si le parlement en est affecté.

3ac – Concernant les facteurs Européens : les destinées de l’U.E. et de la C.J.U.E. sont liées. La Cour sera peu touchée par le décrochage industriel, technologique et scientifique de l’U.E., ainsi que par l’immigration, la guerre en Ukraine, l’affaiblissement géopolitique de l’U.E.. Par contre, la mésentente entre les États membres, les problèmes de législations entre l’U. E. et les états, la protection de l’état de droit et des valeurs, la concernent de près.

3ad – Concernant les facteurs propres à la C.J.U.E. : il s’agit de gérer ses fragilités, de conforter sa légitimité, d’être active dans la consolidation de l’U.E. et d’améliorer son entente avec les États membres en respectant leur souveraineté tout en les rassemblant.

3b – Reprise des facteurs un par un, pondération et sélection des plus importants, chiffrage pour un score de gravité

Ci dessous le tableau récapitulatif des facteurs pouvant influencer le futur de la C.J.U.E. avec notation de 1 à 10 pour la performance de chacun (Négatifs ou Positifs). Les facteur négatifs s’ajoutent au score global et les facteurs positifs sont retranchés. Les notes de Laurent Vivès ont été revues pour une deuxième estimation par Pierre Déjean. Le total et les moyennes sont en bas du tableau.


3c – Que peut ’on imaginer, concernant la C.J.U.E pour les 5 prochaines années ?

On peut convenir qu’après deux notations des 17 facteurs négatifs et des 8 facteurs positifs les plus importants retenus, incluant, le Monde, l’U.E. et la C.G.U.E., il y a un danger potentiel significatif de dégradation de la situation de la C.J.U.E. de l’ordre de 60% en utilisant uniquement les facteurs négatifs. L’ajout des facteurs positifs change tout : on obtient un total de 179 points positifs et de 80 points négatifs, soit une moyenne de 4,3 points par facteur (tous compris), que l’on peut extrapoler en 43% de probabilité d’un mauvais avenir pour la C.J.U.E.

On peut nous reprocher d’extrapoler des chiffres issus de 2 subjectivités proches (nous travaillons ensembles sur le sujet depuis 18 mois). Cependant nos chiffrages sont assez disparates. De plus notre expérience de la C.J.U.E. n’est pas négligeable, et le chiffre auquel nous arrivons semble bien plausible. Enfin, nous n’avons pas retenu la satisfaction des citoyens envers la cour et le fait que l’U.E. sans une Cour libre et forte serait très ennuyée.

On peut aussi arguer qu’une moyenne peut être faussée par un facteur beaucoup dangereux que tous les autres. C’est là que l’intervalle de confiance nous serait bien utile. Cependant, tous les facteurs ont été notés de 1 à 10, et les notes vont de 3 à 8 ce qui donne une médiane modérée… Nul n’est à l’abri d’une ou plusieurs erreurs surtout en matière de prédication. Les trois scénarios que nous avons choisi sont à rapprocher et à comparer aux notations (les chiffres son faciles à manipuler, précis et incertains quand ils ne sont pas factuels…) Nous nous sommes mouillés, rendez vous dans 5 ans.

3 c – Résumé et Conclusion

Au terme de ce passionnant et fastidieux travail, nous avons la satisfaction de répondre à la question première : « Quel avenir pour la Cour de Justice de l’Union Européenne peut-on imaginer en 2026 ? » Pour nous il n’y a peu de danger majeur et immédiat à 5 ans pour la Cour (40%). Les destins de la C.J.U.E et de l’U.E. sont soudés, impliquant qu’elles améliorent leur transparence et leur cohésion ainsi que leur marche en avant vers une Union Européenne renforcée et solidaire. Des évènements récents sont encourageants pour aller dans ce sens :
– affaiblissement de Donald Trump et Vladimir Poutine,
– inquiétude ++ pour Benyamin Netanyahou,
– armement de l’U.E., programmes d’investissements et de contrôle de l’immigration,
– souhaits de l’Écosse, du Pays de Galle et de l’Irlande du Nord d’intégrer l’U.E, et regards positifs du Canada et de l’Australie vers l’U.E.
discours optimiste et engagé sur l’état de l’Union 2026 de la présidente Ursula von der Leyen (16.09.2026).
Gabriel Attal a publié le 17.09.2026 un texte sérieux concernant le futur proche de l’U.E.

Pour la suite, les choses peuvent évidemment changer, selon la survenue d’éléments positifs ou fâcheux (de causes multifactorielles), comme l’évolution de la géopolitique mondiale, le destin des dictatures actuelles et la capacité de l’Europe a redevenir un acteur mondial prépondérant apte à s’affirmer comme un modèle pour beaucoup de pays…



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